1. Grandeurs physiques et concentration
Pour décrire l'état d'un système chimique, on a besoin de savoir combien de matière il contient. Trois grandeurs permettent de passer d'une mesure de laboratoire (masse, volume, absorbance…) à une quantité de matière n, exprimée en moles.
Rappel — calculer une masse molaire
La masse molaire M d'une espèce (en g/mol) s'obtient en additionnant les masses molaires atomiques des éléments qui la composent, en tenant compte du nombre d'atomes de chaque élément indiqué dans la formule (les indices).
| Élément | H | C | N | O | Na | Mg | Al | S | Cl | Ca | Fe | Cu |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| M (g/mol) | 1,0 | 12,0 | 14,0 | 16,0 | 23,0 | 24,3 | 27,0 | 32,1 | 35,5 | 40,1 | 55,8 | 63,5 |
La formule NaOH comporte 1 atome de sodium, 1 atome d'oxygène et 1 atome d'hydrogène :
\(\displaystyle M(\text{NaOH}) = M(\text{Na}) + M(\text{O}) + M(\text{H}) = 23{,}0 + 16{,}0 + 1{,}0 = 40{,}0\ \text{g/mol}\)Autre exemple, avec des indices : le glucose C₆H₁₂O₆ comporte 6 atomes de carbone, 12 d'hydrogène et 6 d'oxygène :
\(\displaystyle M(\text{C}_6\text{H}_{12}\text{O}_6) = 6\times12{,}0 + 12\times1{,}0 + 6\times16{,}0 = 180{,}0\ \text{g/mol}\)Masse molaire et quantité de matière
Une fois la masse molaire M connue, elle relie la masse m d'un échantillon à sa quantité de matière n :
\(\displaystyle n = \frac{m}{M}\)Une mole contient toujours le même nombre d'entités : \(N_A = 6{,}02\times10^{23}\ \text{mol}^{-1}\) (constante d'Avogadro). La masse molaire M est donc la masse de ce paquet de \(N_A\) entités. Diviser la masse de l'échantillon par la masse d'un paquet, c'est compter combien de paquets (de moles) il contient.
On en déduit la masse d'une seule entité : \(m_{entité} = \dfrac{M}{N_A}\). Pour l'eau : \(\dfrac{18{,}0}{6{,}02\times10^{23}} = 2{,}99\times10^{-23}\ \text{g}\) — une molécule est si légère qu'il en faut des milliards de milliards pour atteindre un gramme.
Cas d'un liquide pur : utiliser la masse volumique
Un réactif liquide (éthanol, acide éthanoïque, cyclohexane…) se prélève en volume avec une éprouvette ou une pipette, pas à la balance. On passe du volume à la masse grâce à la masse volumique ρ, puis de la masse à la quantité de matière :
\(\displaystyle m = \rho \times V \qquad\Longrightarrow\qquad n = \frac{\rho \times V}{M}\)Éthanol C₂H₆O : ρ = 0,789 g/mL ; M = 46,0 g/mol.
\(\displaystyle m = \rho \times V = 0{,}789 \times 10{,}0 = 7{,}89\ \text{g} \qquad n = \frac{m}{M} = \frac{7{,}89}{46{,}0} = 0{,}172\ \text{mol}\)Ne pas confondre la masse volumique ρ (d'un liquide pur, en g/mL) et la concentration C (d'un soluté dans une solution, en mol/L).
Volume molaire d'un gaz
Pour un gaz, le volume molaire Vm (en L/mol) donne le volume occupé par une mole de gaz, dans des conditions de température et pression données :
\(\displaystyle n = \frac{V}{V_{m}}\)Concentration en quantité de matière
Pour une espèce dissoute en solution, la concentration en quantité de matière C (en mol/L, notée aussi mol·L⁻¹) relie la quantité de matière de soluté n au volume V de solution :
\(\displaystyle C = \frac{n}{V} \quad\Longrightarrow\quad n = C \times V\)Une concentration mesure combien d'entités dissoutes se partagent chaque litre de solution : c'est une densité de matière. Si l'on double la quantité de soluté sans changer le volume, chaque litre contient deux fois plus d'entités : C double. Si l'on double le volume sans ajouter de soluté (dilution), les mêmes entités se répartissent dans deux fois plus d'espace : C est divisée par deux. La seule relation compatible avec ces deux constats est \(C = \dfrac{n}{V}\).
Conséquence importante : quand on prélève une partie d'une solution, on emporte moins d'entités et moins de volume, dans la même proportion. Un prélèvement a exactement la même concentration que la solution d'où il vient — c'est ce qui permet de doser une solution sur un simple échantillon.
On dissout m = 5,8 g de sulfate de cuivre CuSO₄ (M = 160 g/mol) dans une fiole jaugée, puis on complète à V = 500 mL avec de l'eau distillée.
\(\displaystyle n = \frac{m}{M} = \frac{5{,}8}{160} = 3{,}6\times10^{-2}\ \text{mol}\) \(\displaystyle C = \frac{n}{V} = \frac{3{,}6\times10^{-2}}{0{,}500} = 7{,}3\times10^{-2}\ \text{mol/L}\)- Calculer la masse molaire M de l'espèce à partir du tableau périodique (somme des masses molaires atomiques).
- Calculer la quantité de matière n = m/M à partir de la masse pesée.
- Convertir le volume de la solution en litres si besoin.
- Calculer C = n/V, et vérifier l'ordre de grandeur du résultat.
Préparer une solution par dilution
Diluer, c'est ajouter du solvant à un volume Vmère de solution mère pour obtenir une solution fille moins concentrée. Le prélèvement contient une quantité de soluté n, et l'eau ajoutée n'apporte aucun soluté : cette quantité se retrouve intégralement dans la solution fille.
\(\displaystyle n_{mère} = n_{fille} \quad\Longrightarrow\quad C_{mère} \times V_{mère} = C_{fille} \times V_{fille}\)Le rapport \(F = \dfrac{C_{mère}}{C_{fille}} = \dfrac{V_{fille}}{V_{mère}}\) est le facteur de dilution.
On veut 100,0 mL de solution fille dix fois moins concentrée que la solution mère (F = 10). Volume à prélever : \(V_{mère} = \dfrac{V_{fille}}{F} = \dfrac{100{,}0}{10} = 10{,}0\ \text{mL}\).
Protocole : prélever 10,0 mL de solution mère avec une pipette jaugée (précise), les verser dans une fiole jaugée de 100,0 mL, compléter avec de l'eau distillée jusqu'au trait de jauge, boucher et agiter. Une éprouvette graduée serait trop imprécise pour un dosage.
Exercices d'application directe
Calcule d'abord de tête ou au brouillon, puis clique pour vérifier ta réponse.
Exercice 1 — Masse molaire de l'eau
Calculer la masse molaire de l'eau H₂O. Données : M(H) = 1,0 g/mol ; M(O) = 16,0 g/mol.
Exercice 2 — Masse molaire d'un acide
Calculer la masse molaire de l'acide sulfurique H₂SO₄. Données : M(H) = 1,0 g/mol ; M(S) = 32,1 g/mol ; M(O) = 16,0 g/mol.
Exercice 3 — De la masse à la quantité de matière
Quelle quantité de matière représentent m = 11,7 g de chlorure de sodium NaCl (M = 58,5 g/mol) ?
Exercice 4 — Calculer une concentration
On dissout n = 0,10 mol de glucose dans de l'eau, puis on complète à V = 250 mL. Calculer la concentration C de la solution obtenue.
Exercice 5 — De la concentration à la masse à peser
Quelle masse de sulfate de cuivre CuSO₄ (M = 160 g/mol) faut-il pour préparer V = 200 mL d'une solution de concentration C = 5,0×10⁻² mol/L ?
Exercice 6 — Volume d'un gaz
Quel volume occupent n = 0,50 mol de dioxygène gazeux, à une température où le volume molaire vaut Vm = 24 L/mol ?
Exercice 7 — Dilution
On dispose d'une solution mère de sulfate de cuivre à Cmère = 0,50 mol/L. Quel volume faut-il prélever pour préparer Vfille = 250,0 mL de solution à Cfille = 2,0×10⁻² mol/L ? Quelle verrerie utiliser ?
Exercice 8 — Réactif liquide
Quelle quantité de matière d'acide éthanoïque C₂H₄O₂ contient un prélèvement de V = 5,0 mL ? Données : ρ = 1,05 g/mL ; M = 60,0 g/mol.
2. Absorbance et loi de Beer-Lambert
Une espèce colorée en solution absorbe une partie de la lumière qui la traverse. L'absorbance A, mesurée par un spectrophotomètre, est proportionnelle à la concentration C de l'espèce dissoute : c'est la loi de Beer-Lambert.
\(\displaystyle A = k \times C\)où k est une constante qui dépend de l'espèce, de la longueur d'onde utilisée et de la longueur de la cuve. Cette proportionnalité permet de déterminer la concentration d'une solution inconnue à partir de sa seule mesure d'absorbance : c'est le principe du dosage par étalonnage.
Couleur d'une solution et spectre d'absorption
La lumière blanche contient toutes les radiations visibles, de 400 nm (violet) à 750 nm (rouge). Une espèce colorée absorbe une partie de ces radiations ; notre œil perçoit le mélange des radiations qui ne sont pas absorbées. Le spectre d'absorption A = f(λ) indique quelles longueurs d'onde sont absorbées, et à quel point.
Règle pratique : si une espèce absorbe dans un seul domaine de couleur, elle prend la couleur complémentaire, diamétralement opposée sur le cercle chromatique. Une solution de sulfate de cuivre absorbe surtout le rouge-orangé : elle paraît bleue.
Pour un dosage, on règle le spectrophotomètre sur la longueur d'onde où l'espèce absorbe le plus. C'est là que l'absorbance varie le plus fortement quand la concentration change : la mesure est la plus sensible et l'erreur relative la plus faible. De plus, au sommet du pic, un petit décalage de réglage de λ ne change presque pas la valeur mesurée.
La lumière est un flux de photons. En traversant la cuve, chaque photon a une certaine chance de rencontrer une entité colorée et d'être absorbé (son énergie est convertie en agitation thermique). Doubler la concentration, c'est doubler le nombre d'entités placées sur le trajet de la lumière : la solution intercepte davantage de photons, et l'absorbance double.
Le spectrophotomètre compare l'intensité lumineuse reçue sans espèce colorée (\(I_0\)) et à travers la solution (\(I\)). Pour une cuve de longueur ℓ fixée, on obtient \(A = k \times C\). Le coefficient k dépend de l'espèce, de la longueur d'onde… et de ℓ : une cuve deux fois plus longue place, elle aussi, deux fois plus d'entités sur le trajet.
Méthode de la gamme étalon
On prépare plusieurs solutions étalons, de concentrations connues, et on mesure leur absorbance. En reportant les points (C ; A) sur un graphique, on obtient une droite passant par l'origine : c'est la courbe d'étalonnage.
Activité — Dosage par étalonnage spectrophotométrique
Exercices d'application directe
Calcule d'abord au brouillon, puis clique pour vérifier ta réponse.
Exercice 1 — Déterminer la constante k
On mesure l'absorbance d'une solution colorée : A = 0,52 pour une concentration C = 0,20 mol/L. Calculer la constante k de la loi de Beer-Lambert pour cette espèce.
Exercice 2 — Calculer une absorbance
Pour cette même espèce (k = 2,6 L/mol), quelle est l'absorbance d'une solution de concentration C' = 0,35 mol/L ?
Exercice 3 — Déterminer une concentration inconnue
On mesure l'absorbance d'un échantillon inconnu de la même espèce : A = 0,39. En utilisant k = 2,6 L/mol, déterminer sa concentration.
✓ Quiz d'étape — concentration et absorbance
Q1. On dissout 0,20 mol d'un soluté dans 250 mL de solution. La concentration C vaut :
Q2. D'après la loi de Beer-Lambert (A = k·C), si on double la concentration d'une solution colorée, l'absorbance :
Q3. Sur une courbe d'étalonnage A = f(C), une solution inconnue d'absorbance Ax a sa concentration déterminée en :
3. Réactions d'oxydo-réduction
Une réaction d'oxydo-réduction modélise un transfert d'électrons entre deux espèces chimiques. L'espèce qui cède des électrons est un réducteur ; celle qui les capte est un oxydant.
Espèce capable de capter un ou plusieurs électrons.
Espèce capable de céder un ou plusieurs électrons.
Couple oxydant/réducteur et demi-équation électronique
Un oxydant et un réducteur reliés par un échange d'électrons forment un couple, noté Ox/Red. On lui associe une demi-équation électronique :
\(\text{Ox} + n\,e^- \; \rightleftharpoons \; \text{Red}\)Exemple, pour le couple Cu²⁺/Cu :
\(\text{Cu}^{2+} + 2\,e^- \; \rightleftharpoons \; \text{Cu}\)Construire l'équation de la réaction
Pour écrire l'équation d'une réaction entre un oxydant Ox₁ (couple 1) et un réducteur Red₂ (couple 2), on combine les deux demi-équations de façon à éliminer les électrons échangés (en les multipliant par des coefficients adaptés).
- Écrire les deux demi-équations électroniques, une par couple, dans le bon sens (Ox₁ capte des électrons, Red₂ en cède).
- Multiplier chaque demi-équation par un coefficient pour que le nombre d'électrons échangés soit le même dans les deux.
- Additionner les deux demi-équations ainsi ajustées.
- Simplifier : les électrons doivent disparaître de l'équation globale.
Couples en présence : Cu²⁺/Cu et Zn²⁺/Zn.
\(\text{Cu}^{2+} + 2\,e^- \rightarrow \text{Cu} \quad (\times 1)\) \(\text{Zn} \rightarrow \text{Zn}^{2+} + 2\,e^- \quad (\times 1)\)En additionnant (les 2 e⁻ s'annulent) :
\(\text{Cu}^{2+} + \text{Zn} \; \rightarrow \; \text{Cu} + \text{Zn}^{2+}\)Ajuster une demi-équation en milieu acide
Beaucoup de couples font intervenir l'oxygène (MnO₄⁻, Cr₂O₇²⁻, H₂O₂…). En solution aqueuse acide, on dispose de molécules d'eau H₂O et d'ions H⁺ pour équilibrer les atomes O et H. Les électrons servent ensuite à équilibrer les charges.
- Écrire l'oxydant et le réducteur du couple de part et d'autre de ⇌.
- Équilibrer l'élément principal (Mn, Cr…) avec des coefficients.
- Équilibrer les atomes O en ajoutant des molécules H₂O.
- Équilibrer les atomes H en ajoutant des ions H⁺.
- Équilibrer les charges en ajoutant des électrons e⁻ du côté le plus positif.
Couples MnO₄⁻/Mn²⁺ et O₂/H₂O₂. L'ion permanganate capte 5 e⁻, l'eau oxygénée en cède 2 : on multiplie par 2 et par 5 pour échanger 10 électrons.
\(\text{MnO}_4^- + 8\,\text{H}^+ + 5\,e^- \rightarrow \text{Mn}^{2+} + 4\,\text{H}_2\text{O} \quad (\times 2)\) \(\text{H}_2\text{O}_2 \rightarrow \text{O}_2 + 2\,\text{H}^+ + 2\,e^- \quad (\times 5)\)Après addition, 16 H⁺ à gauche et 10 H⁺ à droite : il reste 6 H⁺ à gauche.
\(2\,\text{MnO}_4^- + 5\,\text{H}_2\text{O}_2 + 6\,\text{H}^+ \rightarrow 2\,\text{Mn}^{2+} + 5\,\text{O}_2 + 8\,\text{H}_2\text{O}\)Les électrons ne restent jamais libres dans l'eau : ils passent directement du réducteur à l'oxydant, au moment où les deux entités sont en contact. Chaque électron cédé par l'un est donc capté par l'autre. C'est pour cela que les électrons disparaissent de l'équation globale : autant d'électrons cédés que d'électrons captés. Ici, un atome de zinc cède 2 électrons et un ion Cu²⁺ en capte exactement 2 : un Zn réagit avec un Cu²⁺.
Ce que l'on observe au laboratoire : la solution bleue (couleur des ions Cu²⁺) se décolore peu à peu, et un dépôt rouge-orangé de cuivre métallique recouvre la lame de zinc.
Table de quelques couples usuels
| Couple Ox/Red | Demi-équation | Domaine d'usage |
|---|---|---|
| Cu²⁺/Cu | Cu²⁺ + 2e⁻ ⇌ Cu | dépôts métalliques, corrosion |
| Fe³⁺/Fe²⁺ | Fe³⁺ + e⁻ ⇌ Fe²⁺ | analyses biologiques, rouille |
| MnO₄⁻/Mn²⁺ | MnO₄⁻ + 8H⁺ + 5e⁻ ⇌ Mn²⁺ + 4H₂O | titrages colorimétriques (violet) |
| I₂/I⁻ | I₂ + 2e⁻ ⇌ 2I⁻ | titrages, antiseptiques |
| O₂/H₂O | O₂ + 4H⁺ + 4e⁻ ⇌ 2H₂O | combustion, respiration |
Exercices d'application directe
Calcule d'abord au brouillon, puis clique pour vérifier ta réponse.
Exercice 1 — Écrire une demi-équation électronique
Écrire la demi-équation électronique associée au couple Ag⁺/Ag.
Exercice 2 — Identifier oxydant et réducteur
Dans la réaction Zn + Cu²⁺ → Zn²⁺ + Cu, identifier l'oxydant et le réducteur parmi les réactifs.
Exercice 3 — Établir une équation d'oxydo-réduction
Un fil de fer est plongé dans une solution contenant des ions Ag⁺. Couples en présence : Ag⁺/Ag et Fe²⁺/Fe. Établir l'équation de la réaction entre le fer métallique et les ions Ag⁺.
4. Avancement et tableau d'avancement
Pour décrire comment évolue un système chimique au cours d'une transformation, on utilise une seule variable : l'avancement x (en mol), qui mesure combien de fois la réaction a eu lieu.
Pour une réaction d'équation générale a A + b B → c C, si les quantités initiales sont n₀(A) et n₀(B), les quantités de matière à un instant où l'avancement vaut x sont :
\(\displaystyle n(A) = n_0(A) - a\,x \qquad n(B) = n_0(B) - b\,x \qquad n(C) = c\,x\)Construire un tableau d'avancement
| Équation | a A | + b B | → c C |
|---|---|---|---|
| État initial (x = 0) | n₀(A) | n₀(B) | 0 |
| En cours (avancement x) | n₀(A) − a·x | n₀(B) − b·x | c·x |
| État final (x = xf) | n₀(A) − a·xf | n₀(B) − b·xf | c·xf |
Réactif limitant et avancement maximal
L'avancement ne peut pas augmenter indéfiniment : il s'arrête dès qu'un réactif est entièrement consommé. Ce réactif est le réactif limitant, et la valeur de x à ce moment est l'avancement maximal xmax.
Réaction étudiée : A + 2 B → 3 C — chaque pastille représente 1 mmol.
| A + 2 B → 3 C | n(A) | n(B) | n(C) |
|---|---|---|---|
| État initial | 6,0 | 8,0 | 0 |
| En cours (x = 0,0) | 6,0 | 8,0 | 0,0 |
L'avancement x compte « combien de fois » la réaction A + 2 B → 3 C s'est produite (en mol). Chaque fois qu'elle se produit, elle consomme 1 entité A et 2 entités B, et forme 3 entités C. Au bout de x fois, A a perdu x, B a perdu 2x et C a gagné 3x.
Les coefficients de l'équation sont donc une recette. La réaction s'arrête dès qu'on ne peut plus réunir les ingrédients d'une recette complète : le réactif limitant est celui qui manque en premier au regard de la recette, pas forcément celui qu'on a introduit en plus petite quantité.
- Construire le tableau d'avancement avec les quantités initiales.
- Pour chaque réactif, calculer l'avancement qui l'annulerait : x = n₀/coefficient stœchiométrique.
- Le réactif limitant est celui pour lequel cette valeur est la plus petite : c'est xmax.
- Calculer la composition du système à l'état final en reportant xmax dans le tableau.
État final pour n₀(A) = 6 mmol et n₀(B) = 8 mmol (réglages par défaut du simulateur). La jauge de B est vide : B est épuisé, c'est le réactif limitant, xmax = 8/2 = 4 mmol. Il reste 2 mmol de A (6 − 4) : A est en excès. La réaction s'arrête dès que la jauge de B est vide : impossible de former plus de 3 × 4 = 12 mmol de C.
Exercices d'application directe
Calcule d'abord au brouillon, puis clique pour vérifier ta réponse.
Exercice 1 — Identifier le réactif limitant
On considère la réaction 2 Al + 3 Cl₂ → 2 AlCl₃. On introduit n₀(Al) = 8,0 mmol et n₀(Cl₂) = 15,0 mmol. Déterminer le réactif limitant et l'avancement maximal xmax.
Exercice 2 — Composition à l'état final
Pour la réaction précédente, calculer la composition du système à l'état final (xmax = 4,0 mmol).
Exercice 3 — Reconnaître un mélange stœchiométrique
Pour la réaction A + B → 2C, on introduit n₀(A) = 5,0 mmol et n₀(B) = 5,0 mmol. Montrer qu'il s'agit d'un mélange stœchiométrique et donner xmax.
5. Transformation totale ou non totale
En pratique, on détermine l'avancement final xf d'une réaction à partir de mesures expérimentales (dosage, mesure de volume de gaz, etc.), puis on le compare à l'avancement maximal théorique xmax calculé à partir des quantités initiales.
\(x_{f} = x_{max}\) : le réactif limitant est entièrement consommé à l'état final.
\(x_{f} < x_{max}\) : la réaction s'arrête avant la consommation complète du réactif limitant.
À l'échelle des entités, des chocs entre réactifs forment des produits… mais des chocs entre produits peuvent aussi reformer des réactifs. Au début, il n'y a presque pas de produits : la réaction directe l'emporte et l'avancement augmente. Plus les produits s'accumulent, plus la réaction inverse devient fréquente. Quand les deux se produisent au même rythme, les quantités ne varient plus, alors que le réactif limitant n'est pas épuisé : c'est un état d'équilibre.
Exemple : dans une solution d'acide éthanoïque (vinaigre) à 0,1 mol/L, à peine plus de 1 % des molécules ont réagi avec l'eau à l'état final. Cette notion d'équilibre sera formalisée en Terminale.
Mélange stœchiométrique
Un mélange est dit stœchiométrique lorsque les réactifs sont introduits exactement dans les proportions imposées par les coefficients de l'équation : tous les réactifs sont alors consommés simultanément à l'avancement maximal (aucun n'est en excès).
Le programme officiel demande de savoir déterminer la composition de l'état final d'une transformation totale à l'aide d'un langage de programmation. Ce n'est pas « savoir coder » au sens large : c'est traduire en instructions exactement le même raisonnement que celui du tableau d'avancement fait à la main. Un programme, ici, n'est qu'un tableau d'avancement écrit autrement.
x_A = n0_A / a et x_B = n0_B / b. C'est la méthode de l'exercice 1, simplement écrite avec des variables.min() ne fait que comparer x_A et x_B et garder la plus petite.a·x_max et b·x_max aux quantités initiales, et on forme c·x_max pour le produit — les formules de la ligne « État final ».n0_A, n0_B = 8.0, 15.0 # quantités initiales (mmol) a, b, c = 2, 3, 2 # coefficients stœchiométriques x_A = n0_A / a # avancement qui épuiserait A seul x_B = n0_B / b # avancement qui épuiserait B seul x_max = min(x_A, x_B) # le plus petit des deux n_A = n0_A - a * x_max # quantité de A restante n_B = n0_B - b * x_max # quantité de B restante n_C = c * x_max # quantité de C formée print(x_max, n_A, n_B, n_C)
Pourquoi cette capacité est-elle exigible ? Elle vérifie que tu as compris le tableau d'avancement comme un modèle — un enchaînement logique de calculs — et pas comme une suite de cases à remplir mécaniquement. Si tu sais expliquer ce que fait chaque ligne en une phrase, tu sais aussi refaire le calcul à la main.
Au bac, on te demandera le plus souvent de compléter un script auquel il manque une ou deux lignes plutôt que de l'écrire en entier : entraîne-toi à repérer quelle ligne correspond à quelle étape du raisonnement.
Exercice numérique — compléter un script
Pour la réaction 2 Al + 3 Cl₂ → 2 AlCl₃ (n₀(Al) = 8,0 mmol, n₀(Cl₂) = 15,0 mmol), quelles valeurs faut-il donner à a, b, c dans le script ci-dessus pour qu'il calcule le bon état final ? Vérifie ensuite que le résultat obtenu correspond bien à celui de l'exercice 2 de la partie précédente.
x_A = 8,0/2 = 4,0 et x_B = 15,0/3 = 5,0, puis x_max = min(4,0 ; 5,0) = 4,0 mmol.Exercices d'application directe
Calcule d'abord au brouillon, puis clique pour vérifier ta réponse.
Exercice 1 — Reconnaître une transformation totale
Pour une réaction donnée, le calcul théorique donne xmax = 5,0 mmol. La mesure expérimentale de l'état final donne xf = 5,0 mmol. La transformation est-elle totale ou non totale ? Justifier.
Exercice 2 — Reconnaître une transformation non totale
Pour une autre réaction, le calcul théorique donne xmax = 8,0 mmol, mais la mesure expérimentale donne xf = 6,4 mmol. La transformation est-elle totale ? Calculer le pourcentage du réactif limitant qui n'a pas réagi.
Exercice 3 — Vérifier un mélange stœchiométrique
On mélange n₀(A) = 4,0 mmol et n₀(B) = 12,0 mmol pour la réaction A + 3 B → 2 C. Ce mélange est-il stœchiométrique ?
6. Titrage avec suivi colorimétrique
Un titrage permet de déterminer la quantité de matière d'une espèce en solution (l'espèce titrée), en la faisant réagir avec une solution de concentration connue (la solution titrante), versée progressivement.
L'équivalence
L'équivalence d'un titrage correspond au moment où les réactifs ont été introduits en proportions stœchiométriques : le réactif titrant, jusque-là en défaut, devient tout à coup en excès — le réactif limitant change.
Quand l'un des réactifs (ou un produit) est coloré, ce changement se traduit par une variation brutale de couleur de la solution : c'est le suivi colorimétrique.
Montage de dosage : la solution de permanganate de potassium (violette) est versée depuis la burette dans le bécher contenant l'eau oxygénée (incolore), sous agitation magnétique. Près du changement de couleur, verse goutte à goutte pour repérer précisément l'équivalence.
Réaction support du titrage :
\(2\,\text{MnO}_4^- + 5\,\text{H}_2\text{O}_2 + 6\,\text{H}^+ \rightarrow 2\,\text{Mn}^{2+} + 5\,\text{O}_2 + 8\,\text{H}_2\text{O}\)Avant l'équivalence, chaque ion MnO₄⁻ (violet) qui tombe dans le bécher rencontre aussitôt de l'eau oxygénée : il est transformé en Mn²⁺, quasi incolore, et du dioxygène se dégage. La solution reste incolore quelle que soit la quantité déjà versée. Dès que le dernier H₂O₂ a réagi, l'ion MnO₄⁻ suivant n'a plus de partenaire : il reste tel quel, et une seule goutte suffit à teinter toute la solution.
À l'équivalence, les réactifs ont été introduits dans les proportions de l'équation : \(\dfrac{n(\text{MnO}_4^-)_{versé}}{2} = \dfrac{n_0(\text{H}_2\text{O}_2)}{5}\). C'est cette égalité qui permet de remonter à la quantité d'espèce titrée.
- Repérer le volume à l'équivalence Véq (ici, changement de couleur).
- Écrire la relation stœchiométrique à l'équivalence à partir de l'équation de la réaction support du titrage.
- Calculer la quantité de matière de titrant versée à l'équivalence : nversé = Ctitrant × Véq.
- En déduire la quantité de matière (puis la concentration) de l'espèce titrée, à l'aide de la relation stœchiométrique.
Évolution des quantités de matière au cours du titrage
Le titrage est une suite de petites transformations totales : chaque volume versé réagit complètement avec le réactif limitant du moment. Avant l'équivalence, MnO₄⁻ est limitant ; après, c'est H₂O₂. Les courbes ci-dessous se tracent en même temps que tu verses (données : Ct = 2,0×10⁻² mol/L ; n₀(H₂O₂) = 5,0×10⁻⁴ mol).
Même raisonnement que le calcul de xmax : pour chaque volume versé, la réaction avance jusqu'à épuisement du réactif limitant du moment. L'avancement vaut donc le plus petit des deux avancements possibles.
import matplotlib.pyplot as plt Ct = 2.0e-2 # concentration du permanganate (mol/L) n0 = 5.0e-4 # quantité initiale de H2O2 (mol) V, nH2O2, nMnO4, nMn = [], [], [], [] for i in range(101): v = i * 0.2e-3 # volume versé (L), de 0 à 20 mL nv = Ct * v # MnO4- versé (mol) x = min(nv / 2, n0 / 5) # 2 MnO4- + 5 H2O2 -> ... : réactif limitant V.append(v * 1e3) nH2O2.append(n0 - 5 * x) nMnO4.append(nv - 2 * x) nMn.append(2 * x) plt.plot(V, nH2O2, label="H2O2") plt.plot(V, nMnO4, label="MnO4-") plt.plot(V, nMn, label="Mn2+") plt.xlabel("V versé (mL)"); plt.ylabel("n (mol)") plt.legend(); plt.show()
Lecture : la courbe de H₂O₂ atteint 0 au point où celle de MnO₄⁻ commence à monter. Ce point commun est l'équivalence : \(V_{éq} = \dfrac{2\,n_0}{5\,C_t} = 10{,}0\ \text{mL}\).
Exercice type bac — corrigé détaillé
Exercice — Dosage d'ions fer(II) par titrage colorimétrique
On souhaite déterminer la concentration en ions Fe²⁺ d'une solution S, par titrage à l'aide d'une solution de permanganate de potassium (K⁺ + MnO₄⁻) de concentration Ct = 2,0×10⁻² mol/L. On prélève un volume V₁ = 20,0 mL de solution S. L'équivalence est repérée par l'apparition d'une teinte violette persistante, pour un volume versé Véq = 12,4 mL.
L'équation de la réaction support du titrage s'écrit :
\(\text{MnO}_4^- + 5\,\text{Fe}^{2+} + 8\,\text{H}^+ \; \rightarrow \; \text{Mn}^{2+} + 5\,\text{Fe}^{3+} + 4\,\text{H}_2\text{O}\)1. Justifier, à l'aide du protocole, qu'il s'agit bien d'un suivi colorimétrique.
2. Calculer la quantité de matière d'ions MnO₄⁻ versée à l'équivalence.
3. En déduire la quantité de matière d'ions Fe²⁺ initialement présents dans le volume V₁.
4. Calculer la concentration en ions Fe²⁺ de la solution S.
Exercice — Réaction entre l'aluminium et les ions cuivre(II)
On introduit n₀(Al) = 4,0 mmol de poudre d'aluminium dans un volume de solution contenant n₀(Cu²⁺) = 9,0 mmol d'ions cuivre(II). La réaction, totale, a pour équation :
\(2\,\text{Al} + 3\,\text{Cu}^{2+} \; \rightarrow \; 2\,\text{Al}^{3+} + 3\,\text{Cu}\)1. Construire le tableau d'avancement de cette transformation.
2. Déterminer le réactif limitant et l'avancement maximal xmax.
3. En déduire la composition du système à l'état final.
✓ Quiz final — tout le chapitre
Q4. Dans un couple oxydant/réducteur Ox/Red, la demi-équation électronique s'écrit :
Q5. Pour la réaction A + 2B → 3C avec n₀(A) = 5 mmol et n₀(B) = 6 mmol, le réactif limitant est :
Q6. Une transformation chimique est dite totale lorsque :
Q7. Lors d'un titrage avec suivi colorimétrique, l'équivalence correspond au moment où :
Q8. Dans le script Python de calcul de l'état final, à quoi sert l'instruction x_max = min(x_A, x_B) ?
Q9. Pour la réaction A + 2B → C avec n₀(A) = 3,0 mmol et n₀(B) = 8,0 mmol, que renvoie le script (xmax, puis n(A) et n(B) restants) ?
Q10. Le spectre d'absorption d'une solution présente un seul pic, vers 600 nm (orangé). La solution paraît :
Q11. Pendant un titrage, on ajoute 20 mL d'eau distillée dans le bécher avant de commencer. Le volume à l'équivalence :
Carte mentale du chapitre
22 exercices dédiés à ce chapitre, en deux séries à difficulté croissante, avec corrections détaillées.
Série 1 — 13 exercices → Série 2 — 9 exercices complémentaires →Points à retenir pour le bac
Formules essentielles
Pour aller plus loin…
Réaliser une gamme étalon au laboratoire
Avec un spectrophotomètre, prépare plusieurs solutions filles par dilution à partir d'une solution mère, mesure leur absorbance à la longueur d'onde d'absorption maximale, puis trace la courbe d'étalonnage — exactement le principe du simulateur de ce chapitre.
Programmer un tableau d'avancement en Python
La capacité numérique du programme demande de déterminer la composition de l'état final d'un système siège d'une transformation totale à l'aide d'un langage de programmation : une fonction Python calculant xmax = min(n0/coefficient) pour chaque réactif, puis les quantités finales, est un bon exercice d'application.
De Lavoisier à la loi de Beer-Lambert
La notion de conservation de la matière lors d'une transformation chimique remonte à Lavoisier (fin du XVIIIᵉ siècle). La loi reliant absorbance et concentration, formalisée au XIXᵉ siècle par Pierre Bouguer, Johann Lambert puis August Beer, est aujourd'hui à la base de très nombreuses techniques d'analyse quantitative.
De la structure des entités aux propriétés de la matière
Ce chapitre a décrit l'évolution macroscopique des systèmes chimiques (quantités de matière, avancement). Le chapitre suivant explique ces propriétés à l'échelle microscopique : schémas de Lewis, géométrie des molécules, polarité, et cohésion de la matière — de quoi comprendre pourquoi certaines espèces se dissolvent et d'autres non.
Bilan d'auto-évaluation
Coche honnêtement chaque compétence que tu maîtrises. Ta progression est enregistrée automatiquement sur cet appareil.